Sunflower: To consider forgiveness is unforgivable

For reasons a recently published essay “France without the Jews” by Danny Trom strives to unveil, France is the cradle for the revival of murderous antisemitism that threatens Jews throughout the Diaspora. In this disturbing context, it is comforting to note that there are also people in France who think that a theater show with the theme of the Holocaust has its place on the French cultural scene. In a world premiere held in Tel Aviv, Thierry Lhermite, in a one man show, tells with poignant restraint a story “Sunflower” based on book by Simon Wiesenthal. Against the background of atrocities committed by the Nazis the narrator has endured and witnessed, the play raises the question of the possibility to forgive. After the emotion aroused by the theater magic and the talent of Thierry Lhermite had quelled, an uneasy feeling seized me. As a child during the war, twice I escaped being reduced to smoke and ashes. I have known fear, I was beaten, I was hungry, I got cold, I lost loved ones. All this for the sole reason I was a Jew. Those who chased me didn’t know me. They were ruthless machines, soulless, and deprived of the meaning of forgiveness. Undoubtedly, you can’t forgive machines.

During my professional career in Israel I have guided the training of young students from all over the world. Their choice to come here was often dictated by their desire to witness the dynamism that a new nation engenders. Among them were also Germans with whom I am still in contact. We never discussed directly topics relating to the Nazi era.  Yet I could detect by their attitude that the past left an indelible stain on their soul. In the heart of Berlin, between the Brandenburg Gate and  Potsdam Square, the Holocaust Memorial is erected on several thousand square meters. No passer-by can forsake the significance of this monument. Forgiving is also forgetting. Germany and the Germans do not want to forget. The recollection of their crime is their gateway to redemption. They don’t want us to forgive.

Fleurs de Soleil, envisager le pardon est impardonnable

Pour des raisons qu’un livre récent « La France sans les Juifs » par Danny Trom s’efforce de dévoiler, la France est le berceau de la renaissance de l’antisémitisme meurtrier qui menace les juifs dans toute la Diaspora. Dans ce cadre inquiétant, il est réconfortant de constater qu’il y a aussi en France des gens qui pensent qu’une représentation théâtrale ayant pour thème la Shoah a sa place sur la scène culturelle française. En avant-première mondiale à Tel Aviv, seul sur scène, Thierry Lhermite raconte avec une retenue poignante « Fleurs de Soleil » d’après un récit de Simon Wiesenthal. Sur le fond des atrocités commises par les Nazis que le narrateur a subi et dont il a aussi été le témoin, le récit soulève la question : est-il possible de pardonner ? Passé l’émotion que la magie du théâtre et le talent de Thierry Lhermite avaient suscité en moi, un malaise m’a saisi. Enfant pendant la guerre, par deux fois, j’ai échappé à être réduit en fumée et en cendres. J’ai eu peur, j’ai été battu, j’ai eu faim, j’ai eu froid, j’ai perdu des êtres qui m’étaient chers. Tout cela pour la seule raison que j’étais juif. Ceux qui me pourchassaient ne me connaissaient pas. Ils étaient des machines sans pitié, sans âme, et sans pardon. La question ne se pose pas. On ne peut pas pardonner une machine.

Au cours de ma carrière professionnelle en Israël j’ai guidé la formation de jeunes étudiants venus de partout dans le monde. Leur choix de venir ici était souvent dicté par leur désir d’être témoin du dynamisme qu’une nouvelle nation engendre. Parmi eux il y avait aussi des Allemands avec lesquels je suis encore en relation. Jamais nous n’avons évoqué de manière directe des sujets ayant trait à l’époque nazie. Pourtant je pouvais détecter par leur attitude que le passé laissait sur leur conscience une tache indélébile. Au cœur de Berlin, entre la porte de Brandebourg et la place de Potsdam, sur plusieurs milliers de mètres carrés est érigé le Mémorial de la Shoah. Aucun passant ne peut s’abstenir d’être confronté par la signification de ce monument. Pardonner c’est aussi oublier. L’Allemagne et les Allemands ne veulent pas oublier ; le souvenir de leur crime est le portail de leur rédemption. Ils ne veulent pas que nous pardonnions.